Pricer sans se brader
Fixer des prix rentables, les annoncer sans trembler et les défendre en négociation. L’arithmétique d’abord, la psychologie ensuite.
- Comprendre pourquoi votre référence de prix est fausse (et laquelle prendre)
- Passer du prix au temps au prix à la valeur
- Construire une grille en 3 paliers qui fait signer le milieu
- Intégrer OPCO, FAF et TVA dans votre stratégie de prix
- Annoncer un prix et tenir une négociation sans remise sèche
- Pourquoi vous sous-facturez
- Les 3 méthodes de pricing
- Les fourchettes du marché
- La formule du prix plancher pas à pas
- La grille 3 paliers (+ exemple chiffré)
- Prix et financements
- Annoncer et défendre son prix
- Le script d’augmentation
- Les 4 erreurs fatales
- Cas concret : les prix de Karim
Reprenons le calcul du module 1 : pour vivre correctement d’un organisme solo, il vous faut environ 800 euros de prix de journée moyen. Ce module explique comment fixer, annoncer et DÉFENDRE des prix à ce niveau, alors que tout en vous hurle de facturer 350.
1. Pourquoi vous sous-facturez (et pourquoi c’est grave)
Le formateur qui se lance fixe son prix en regardant deux choses : son ancien salaire mensuel divisé par 20, et les tarifs de la sous-traitance. Les deux références sont fausses. Votre journée facturée doit porter vos jours non facturés (prospection, ingénierie, administratif), vos charges, votre protection sociale et vos périodes creuses : c’est l’arithmétique du module 1, pas une opinion.
Sous-facturer a un troisième coût, invisible : le signal. En B2B, un prix bas ne dit pas « bonne affaire », il dit « débutant » ou « qualité moyenne ». Un dirigeant qui investit sur ses équipes cherche une garantie de sérieux ; votre prix fait partie de la preuve.
2. Les 3 méthodes de pricing (et celle qui gagne)
- Le prix au temps (TJM) : simple, universel, mais il plafonne mécaniquement vos revenus et invite à la comparaison ligne à ligne. Nécessaire en sous-traitance, à dépasser en direct.
- Le prix au marché : vous regardez les concurrents et vous vous alignez. Problème : vous héritez de leur positionnement, pas du vôtre, et la course au moins cher n’a pas de fond.
- Le prix à la valeur : vous chiffrez ce que le problème coûte au client (le « coût de l’inaction » de votre fiche persona) et votre prix devient une fraction évidente de ce montant. Le turn-over d’un consultant junior coûte 30 000 euros à un cabinet ? Un parcours d’intégration à 4 500 euros n’est pas cher, il est rentable.
La question n’est jamais « combien coûte ma journée » mais « combien rapporte mon résultat ». Si vous ne savez pas chiffrer le coût du problème chez votre client, retournez à vos entretiens du module 2 : la question 5 (« que vous coûte l’inaction ? ») est votre machine à pricing.
2 bis. Les fourchettes du marché (pour vous situer, pas pour vous aligner)
Des ordres de grandeur constatés sur le terrain, à prendre comme des repères et non comme des règles :
| Contexte | Fourchette de journée constatée | Commentaire |
|---|---|---|
| Sous-traitance pour un autre OF | 300 à 600 € | Le donneur d’ordre garde la marge commerciale : normal, c’est lui qui vend |
| Intra TPE-PME en direct | 900 à 1 800 € | Votre terrain de jeu principal au démarrage en direct |
| Intra grands comptes / expertise rare | 1 800 à 3 000 € et plus | Exige références, spécialisation et tenue de négociation achats |
| Inter-entreprises (par participant/jour) | 250 à 800 € | 8 participants à 400 € = 3 200 € la journée : le levier volume |
| Formation obligatoire réglementée | Prix de marché par stagiaire souvent normés | La concurrence se fait sur le remplissage et la logistique, pas sur le prix |
2 ter. La formule du prix plancher, pas à pas
Reprenons la formule du module 1 avec un exemple complet. Objectif : 3 000 € nets par mois en EURL.
- Revenu net annuel visé : 3 000 × 12 = 36 000 €
- Enveloppe rémunération chargée (cotisations TNS ≈ coefficient 1,45 à 1,6 sur le net) : ≈ 55 000 €
- Charges de structure (assurance, comptable, outils, déplacements, marketing) : + 10 000 €
- Chiffre d’affaires nécessaire : ≈ 65 000 €
- Jours facturables réalistes (prospection, ingénierie et administratif déduits) : 90 jours/an
- Prix plancher : 65 000 ÷ 90 = 722 € par jour facturé
Ce chiffre est VOTRE plancher absolu : toute journée vendue en dessous appauvrit l’entreprise. Votre prix cible se situe au-dessus, là où la valeur client le permet. Refaites ce calcul avec vos propres chiffres avant de lire la suite : tout le module s’appuie dessus.
3. Construire sa grille : les 3 paliers
Présentez systématiquement vos propositions en trois options. Pas par manipulation : parce que ça déplace la question de « est-ce que je signe ? » à « laquelle je prends ? ».
- Essentiel : la formation seule. Le prix plancher qui respecte votre calcul de rentabilité.
- Recommandé (votre cible, 60 à 70 % des signatures) : formation + livrables + suivi à 30 jours. Environ 1,4 fois l’essentiel.
- Premium : tout ce qui précède + accompagnement individuel, hotline, deuxième session. Environ 2 fois l’essentiel. Même choisi rarement, il rend le « recommandé » raisonnable par contraste.
4. Prix et financements : le paramètre que tout le monde oublie
En formation professionnelle, votre prix vit dans un écosystème de prises en charge. Trois conséquences pratiques :
- Connaissez les plafonds de prise en charge des OPCO de vos personas : un prix légèrement sous le plafond se décide plus vite qu’un prix légèrement au-dessus (le reste à charge psychologique).
- Pour les indépendants, intégrez les FAF à votre discours : « 1 500 euros dont une partie prise en charge par votre FIF PL » change la conversation.
- L’exonération de TVA (module 1) est un levier prix face aux clients non assujettis : utilisez-la consciemment.
4 bis. La grille 3 paliers : exemple complet chiffré
Voici à quoi ressemble une grille aboutie, pour une offre cœur « managers de production opérationnels en 90 jours » (persona : dirigeant de PME industrielle) :
| Essentiel · 2 900 € | Recommandé · 4 200 € | Premium · 6 400 € | |
|---|---|---|---|
| Formation collective (2 jours) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Fiches outils et plan d’action individuel | ✓ | ✓ | ✓ |
| Diagnostic amont des situations réelles | ✓ | ✓ | |
| Bilan à 30 jours avec le dirigeant | ✓ | ✓ | |
| 2 sessions de coaching individuel par manager | ✓ | ||
| Hotline 90 jours | ✓ |
Remarquez la mécanique : l’écart Essentiel → Recommandé est petit en prix (+45 %) et énorme en valeur perçue (le diagnostic et le bilan changent le résultat). C’est construit POUR que le milieu gagne.
4 ter. Augmenter ses prix : le script
« Bonjour [prénom], un point tarifaire en toute transparence : à partir du [date, dans 60-90 jours], mes tarifs évoluent de [X] à [Y] pour les nouvelles commandes. Deux raisons : la demande sur [votre spécialité] et l’enrichissement du programme ([ce qui a été ajouté cette année]). Naturellement, tout ce qui est déjà planifié ensemble reste à nos conditions actuelles, et si vous souhaitez caler les sessions de [période] avant l’échéance, je vous les réserve à l’ancien tarif. »
Trois ingrédients : la date à l’avance (respect), la justification courte (pas d’excuses), et la fenêtre à l’ancien tarif (qui déclenche souvent… des commandes immédiates).
5. Annoncer son prix et tenir la négociation
Trois règles de terrain. Un : annoncez le prix à l’oral, après avoir récapitulé le problème et le résultat, sans baisser la voix ni accélérer, puis TAISEZ-VOUS. Le silence qui suit appartient au client. Deux : ne baissez JAMAIS un prix sans contrepartie : « je ne peux pas descendre à 3 000, mais à ce budget je peux retirer le suivi individuel ». Une remise sèche annonce que votre prix initial était gonflé. Trois : la remise de volume ou d’engagement est saine (3 sessions dans l’année, paiement anticipé) ; la remise de faiblesse ne l’est jamais.
6. Les 4 erreurs fatales du pricing
- Copier les prix de la sous-traitance en vente directe. Le donneur d’ordre vous payait 450 parce qu’IL vendait 1 200. En direct, le travail commercial est chez vous : le prix aussi.
- Le prix « en fonction » : une page tarifs illisible ou un « sur devis » systématique filtrent les acheteurs sérieux et attirent les touristes. Affichez au moins un « à partir de » honnête.
- Augmenter trop tard. Chaque nouvelle référence client augmente votre valeur : révisez vos prix tous les 6 mois au début. Vos anciens clients gardent l’ancien tarif un temps, les nouveaux entrent au nouveau.
- Négocier contre vous-même. « C’est 3 500… mais on peut discuter » : la moitié des formateurs baissent leur prix avant même que le client ait réagi. Annoncez, puis silence.
7. Cas concret : les prix de Karim
Retour sur Karim (module 2), formateur sécurité agroalimentaire. Sa première grille : 600 euros la journée, « comme tout le monde ». Après le travail sur le coût de l’inaction (perdre un référencement grande distribution = catastrophe industrielle pour ses clients), sa nouvelle grille : un audit-diagnostic à 900 euros (offre d’appel), un programme « prêt pour l’audit GMS » à 4 200 euros en recommandé (3 jours + plan d’action + hotline jusqu’à l’audit), un premium annuel à 7 500. Résultat : un taux de signature stable, un panier moyen multiplié par trois, et surtout des clients PLUS satisfaits : le suivi inclus dans l’offre recommandée produit de meilleurs résultats que la journée sèche d’avant.

La sous-facturation est le problème numéro un que je corrige en accompagnement, loin devant la pédagogie. Le blocage n’est jamais arithmétique, il est émotionnel : on croit que le prix se justifie par le temps passé. Votre client, lui, n’achète pas votre temps : il achète la disparition d’un problème qui lui coûte cher. Le jour où vous chiffrez SON problème, votre prix devient une évidence.
Un test que je fais faire : annoncez votre nouveau prix à voix haute, seul, dix fois de suite, jusqu’à ce qu’il sorte sans hésitation. Ça a l’air ridicule. Ça change les rendez-vous.
- Refaire votre calcul de CA cible et de prix plancher (module 1, section 6)
- Chiffrer le coût de l’inaction pour votre persona (entretiens module 2, question 5)
- Construire votre grille 3 paliers : essentiel, recommandé (cible), premium
- Vérifier les plafonds de prise en charge OPCO/FAF de vos personas
- Écrire et répéter votre annonce de prix à voix haute
- Préparer vos 2 contreparties de négociation (jamais de remise sèche)
TJM : taux journalier moyen, le prix d’une journée facturée. · Prix à la valeur : prix indexé sur ce que le problème coûte au client, pas sur votre temps. · Ancrage : le premier chiffre entendu sert de référence à toute la négociation. · Reste à charge : ce que le client paie après prise en charge OPCO/FAF : le vrai prix psychologique. · Subrogation : l’OPCO paie directement l’organisme, le client n’avance rien.
Questions fréquentes
Dois-je afficher mes prix sur mon site ?
Au minimum un « à partir de » honnête sur l’offre cœur. Le prix affiché filtre les curieux, qualifie les demandes entrantes et vous évite des rendez-vous perdus. Les grilles détaillées peuvent rester pour le devis.
Comment augmenter mes prix avec mes clients existants ?
Annoncez à l’avance (60 à 90 jours), datez le changement, et offrez si besoin une dernière commande à l’ancien tarif. Les clients qui partent pour 10 % de plus étaient déjà des clients à risque.
Que répondre à « c’est trop cher » ?
D’abord clarifier : trop cher par rapport à quoi ? Au budget ? Le prix se découpe (paliers, financement OPCO/FAF, étalement). À la valeur ? Revenez au coût du problème. Trop cher tout court, sans budget ni problème chiffré : ce n’était pas votre persona.
Le prix psychologique existe-t-il en B2B formation ?
Oui, surtout par rapport aux seuils de prise en charge et de validation interne : sous le plafond OPCO, sous le seuil de double signature du client. Renseignez-vous sur ces seuils pendant la découverte : ils valent tous les .99 du monde.
Envie de fixer vos prix avec un regard extérieur ?
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