L’AFEST : comment un petit organisme de formation peut la proposer
Maxime Pélerin · mis à jour le 14 août 2026L'AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) est une modalité pédagogique reconnue par le Code du travail (art. L.6313-2) qui utilise le poste de travail lui-même comme support d'apprentissag

L’AFEST (Action de Formation En Situation de Travail) est une modalité pédagogique reconnue par le Code du travail (art. L.6313-2) qui utilise le poste de travail lui-même comme support d’apprentissage. Pour être valable, elle doit réunir quatre conditions fixées par le décret n°2018-1341 du 28 décembre 2018 : une analyse de l’activité de travail à des fins pédagogiques, la désignation d’un formateur AFEST, des phases réflexives distinctes du travail, et des évaluations spécifiques. Un petit organisme peut la proposer sans plateau technique : il lui faut surtout formaliser la démarche et tracer chaque étape.
L’AFEST, une vraie action de formation reconnue par la loi
L’AFEST n’est pas une simple formation « sur le tas ». C’est une modalité pédagogique à part entière, inscrite dans le Code du travail depuis la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018. L’article L.6313-2 range l’action de formation en situation de travail parmi les modalités possibles d’une action de formation, au même titre que le présentiel ou la formation à distance.
Le principe est simple à énoncer et exigeant à mettre en oeuvre : on apprend en produisant, directement à partir de situations de travail réelles, mais de façon organisée. Ce n’est pas un stagiaire qu’on « lance » sur une machine. C’est un parcours pensé en amont, où le travail devient un support pédagogique, avec des temps prévus pour prendre du recul sur ce qui a été fait. La différence entre AFEST et compagnonnage informel tient entièrement dans cette intentionnalité et dans la traçabilité que la réglementation impose.
Pour un organisme de formation, cela change tout : une AFEST correctement construite est une action de formation finançable et auditable, au même titre qu’une session en salle.
Les quatre conditions obligatoires du décret du 28 décembre 2018

Le cadre précis vient du décret n°2018-1341 du 28 décembre 2018, qui a introduit l’article D.6313-3-2 du Code du travail. Ce texte fixe quatre conditions cumulatives. Si l’une manque, ce n’est plus une AFEST au sens réglementaire.
1. L’analyse de l’activité de travail. Avant de former, on analyse l’activité pour l’adapter, si besoin, à des fins pédagogiques. Concrètement, vous décomposez le poste ou la mission en situations apprenantes : qu’est-ce que la personne doit savoir faire, dans quel ordre, avec quels points de vigilance. C’est le socle de toute l’ingénierie.
2. La désignation d’un formateur. Le décret impose de désigner en amont un formateur pouvant exercer une fonction tutorale. C’est la personne qui accompagne l’apprenant sur le terrain, souvent un salarié expérimenté de l’entreprise. Elle doit être identifiée et outillée pour ce rôle.
3. Les phases réflexives. Ce sont des temps distincts des mises en situation de travail. On s’arrête, on revient sur ce qui a été fait, on verbalise les réussites et les erreurs, on ancre les acquis. Ces phases réflexives sont le coeur pédagogique de l’AFEST et ce qui la distingue d’une mise à l’emploi classique.
4. Les évaluations spécifiques. Des évaluations jalonnent ou concluent l’action pour vérifier l’atteinte des objectifs professionnels visés. Elles doivent être prévues dès la conception, pas improvisées à la fin.
Ces quatre exigences ne sont pas une contrainte administrative de plus : elles constituent votre preuve que l’action mérite le nom de formation.
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Découvrir · Essai gratuitPourquoi l’AFEST est un vrai levier pour un petit OF
Beaucoup de petits organismes pensent que l’AFEST est réservée aux grosses structures avec des moyens. C’est l’inverse. L’AFEST est souvent le format le plus accessible pour un formateur indépendant ou un OF de petite taille, pour trois raisons.
Zéro plateau technique à financer. Le support pédagogique, c’est l’outil de production de l’entreprise cliente. Vous n’avez pas à investir dans du matériel, une salle ou un environnement simulé. Vous apportez la méthode, l’entreprise apporte le terrain.
Une réponse aux besoins que le présentiel ne couvre pas. Les compétences très liées à un poste, à un logiciel métier, à un geste technique ou à une organisation interne se transmettent mal en salle. L’AFEST permet de vendre de la formation là où un catalogue standard ne fonctionne pas, et de vous positionner sur du vraiment sur-mesure.
Un facteur de différenciation. Sur un marché où beaucoup vendent les mêmes modules, proposer de l’AFEST vous distingue. Vous devenez l’expert qui sait transformer le poste de travail du client en dispositif de montée en compétences, avec une ingénierie et des preuves à la clé.
Le vrai investissement n’est pas financier, il est méthodologique : le temps d’analyser l’activité et de construire le parcours avec l’entreprise.
Comment la mettre en place, étape par étape
Voici une trame concrète pour cadrer une AFEST sans rien oublier de ce que la réglementation attend.
Étape 1 : analyser l’activité avec l’entreprise. Vous vous asseyez avec le client, vous observez le poste, vous identifiez les situations de travail qui vont servir d’apprentissage. Vous en tirez des objectifs professionnels clairs et mesurables.
Étape 2 : formaliser le parcours. Vous construisez le déroulé : quelles situations, dans quel ordre, avec quels temps réflexifs et quels points d’évaluation. C’est votre ingénierie pédagogique AFEST, et elle doit être écrite.
Étape 3 : désigner et préparer le formateur AFEST. Vous identifiez la personne qui accompagne sur le terrain et vous vous assurez qu’elle sait mener les temps réflexifs. Ce point est explicitement exigé par le décret.
Étape 4 : dérouler et tracer. Chaque mise en situation, chaque phase réflexive, chaque évaluation doit laisser une trace. Feuilles de suivi, comptes rendus des temps réflexifs, grilles d’évaluation, attestations : c’est votre dossier de preuve. En AFEST plus qu’ailleurs, ce qui n’est pas tracé n’existe pas aux yeux d’un financeur ou d’un auditeur.
Étape 5 : évaluer et attester. Vous vérifiez l’atteinte des objectifs et vous délivrez les documents de fin de formation. Le tout constitue la boucle complète, de l’analyse initiale à la preuve du résultat.
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AFEST et Qualiopi : ce que l’audit vérifie
Si vous êtes certifié Qualiopi et que vous proposez de l’AFEST, un indicateur spécifique s’active. Le Référentiel National Qualité est composé d’un socle commun d’indicateurs qui s’appliquent à tous, complété par des indicateurs spécifiques selon votre activité.
Pour l’AFEST, c’est l’indicateur 28, rattaché au critère 6 (l’investissement de l’organisme dans son environnement professionnel). Il ne concerne que les organismes qui mettent en oeuvre des formations en situation de travail. Autrement dit : dès qu’une seule prestation de votre offre comporte une période en situation de travail, vous devenez auditable sur cet indicateur, que vous soyez indépendant ou structure établie.
Ce que l’auditeur regarde, c’est votre capacité à mobiliser les bonnes conditions pédagogiques et vos partenaires pour co-construire l’ingénierie AFEST et organiser l’accueil en entreprise. En pratique, il attend de retrouver les quatre conditions du décret dans vos preuves : l’analyse de l’activité, la désignation du formateur, la trace des phases réflexives et les évaluations. Un dossier AFEST bien construit répond donc en même temps à la loi et à Qualiopi.
La bonne nouvelle : si vous respectez le décret dès la conception, l’indicateur 28 se prépare presque tout seul. C’est là qu’un accompagnement méthodologique fait gagner du temps et sécurise l’audit.
Sources
- Légifrance – Décret n°2018-1341 du 28 décembre 2018
- Légifrance – Article L.6313-2 du Code du travail
- Cegos – La formation en situation de travail (AFEST) en 10 questions
- C-Campus – Le cadre juridique et réglementaire de l’AFEST
- Digiforma – Qualiopi indicateur 28 : formation en situation de travail
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Questions fréquentes
Faut-il un agrément particulier pour proposer de l’AFEST ?
Non. Aucun agrément spécifique n’est requis au-delà de votre statut d’organisme de formation (numéro de déclaration d’activité). Vous devez simplement respecter les quatre conditions fixées par le décret n°2018-1341 : analyse de l’activité de travail, désignation d’un formateur, phases réflexives distinctes et évaluations spécifiques. C’est le respect de ces conditions, et non un label, qui rend l’action valable.
Un formateur indépendant peut-il faire de l’AFEST sans matériel ?
Oui, et c’est même l’un de ses atouts. En AFEST, le support pédagogique est l’outil de production de l’entreprise cliente. L’indépendant n’a donc pas de plateau technique à financer : il apporte la méthode, l’ingénierie et l’animation des temps réflexifs, tandis que l’entreprise fournit les situations de travail réelles.
L’AFEST déclenche-t-elle un indicateur Qualiopi supplémentaire ?
Oui. Si vous êtes certifié Qualiopi et que vous proposez au moins une prestation en situation de travail, l’indicateur spécifique 28 (critère 6, investissement dans l’environnement professionnel) s’active et devient auditable. Il vérifie que vous mobilisez les bonnes conditions pédagogiques et vos partenaires pour construire et tracer l’AFEST, ce qui recoupe largement les exigences du décret de 2018.

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