Les styles d’apprentissage (VAK, Kolb)
Maxime Pélerin · mis à jour le 30 août 2026Plus de soixante-dix modèles de styles d’apprentissage ont été recensés, du VAK (visuel, auditif, kinesthésique) au cycle expérientiel de Kolb en quatre étapes. La recherche montre toutefois qu’adapter un cours au canal préféré de chaque apprenant n’améliore pas les résultats : préférer un format ne signifie pas mieux apprendre par ce format. La pratique validée consiste à décliner chaque notion clé en plusieurs modalités, visuelle, orale et pratique, pour tout le groupe.

L’idée que chacun aurait un style d’apprentissage propre, visuel pour les uns, auditif pour les autres, séduit depuis des décennies les formateurs comme les apprenants. Les styles d’apprentissage désignent les manières préférentielles avec lesquelles une personne reçoit, traite et mémorise l’information. De nombreux modèles ont été proposés pour les classer, du célèbre VAK au cycle expérientiel de Kolb. Ces grilles de lecture sont utiles pour réfléchir à sa pratique pédagogique, mais elles soulèvent aussi un débat scientifique sérieux. Cet article présente les principaux modèles, explique leur logique, puis fait le point sur ce que la recherche valide réellement et sur ce qu’un formateur a intérêt à en retenir.
Ce que recouvre la notion de styles d’apprentissage
La notion de styles d’apprentissage repose sur une intuition simple : nous n’apprenons pas tous de la même façon. Certains retiennent mieux un schéma, d’autres une explication orale, d’autres encore une manipulation concrète. Les chercheurs ont tenté de transformer cette intuition en modèles structurés, en distinguant des profils d’apprentissage stables et mesurables. On a recensé plus de soixante-dix modèles différents au fil du temps, ce qui en dit long sur l’absence de consensus.
Il faut distinguer deux choses souvent confondues. D’un côté, il y a les préférences déclarées : ce qu’une personne dit aimer, par exemple regarder une vidéo plutôt qu’écouter un cours. De l’autre, il y a l’efficacité réelle de l’apprentissage, c’est à dire ce qui fait qu’on retient et qu’on réutilise une connaissance. Le cœur du débat tient justement à l’écart entre ces deux plans. Préférer un canal ne signifie pas apprendre mieux par ce canal.
Le modèle VAK : visuel, auditif, kinesthésique
Le modèle VAK est sans doute le plus connu. Il classe les apprenants selon le canal sensoriel qu’ils privilégieraient pour traiter l’information. Il distingue trois grands profils, parfois élargis en VARK avec une quatrième modalité dédiée à la lecture et à l’écriture.
- Visuel : la personne privilégierait les images, les schémas, les cartes mentales, les couleurs et la mise en page. Elle dirait volontiers qu’elle a besoin de voir pour comprendre.
- Auditif : la personne s’appuierait sur l’écoute, les explications orales, les échanges et la reformulation à voix haute. Elle retiendrait mieux ce qu’elle entend et verbalise.
- Kinesthésique : la personne apprendrait par le geste, la manipulation, l’expérimentation et le mouvement. Elle aurait besoin de faire pour intégrer.
Le succès du VAK tient à sa simplicité. Il est facile à mémoriser et donne l’impression de fournir une clé immédiate pour adapter sa pédagogie. C’est aussi sa faiblesse. Les questionnaires utilisés pour attribuer un profil reposent sur la déclaration de l’apprenant, donc sur ses préférences ressenties, et non sur une mesure objective de la façon dont son cerveau traite l’information. Réduire une personne à un seul canal sensoriel est par ailleurs une simplification considérable, car nous mobilisons en permanence plusieurs sens.

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« Quand j’ai démarré comme formateur, je faisais passer des tests VAK en début de session, persuadé de bien faire. Et puis en creusant la recherche, je suis tombé de haut : adapter le cours au canal préféré de chacun ne change quasiment rien aux résultats. J’avais investi du temps dans un tri qui n’apportait pas grand chose.
Ce que j’ai gardé, c’est l’inverse de l’étiquetage : je conçois chaque notion avec plusieurs entrées, un visuel, une explication parlée, un exercice à manipuler, pour tout le groupe. Mon conseil concret, prenez vos trois notions clés de la prochaine session et déclinez chacune en trois modalités. Vous gagnerez plus qu’avec n’importe quel questionnaire de profilage. »
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Le cycle d’apprentissage expérientiel de Kolb
David Kolb a proposé dans les années 1980 une approche différente, centrée non pas sur les sens mais sur la façon dont on transforme l’expérience en savoir. Son cycle d’apprentissage expérientiel décrit quatre étapes que tout apprenant traverserait, idéalement de manière continue et répétée.
- Expérience concrète : vivre une situation, agir, ressentir.
- Observation réflexive : prendre du recul, observer et analyser ce qui s’est passé.
- Conceptualisation abstraite : tirer des principes, des règles, une théorie de l’expérience.
- Expérimentation active : tester ces principes dans une nouvelle situation, ce qui relance le cycle.
De ce cycle, Kolb dérive quatre styles d’apprentissage, selon les étapes que la personne privilégie. Le style divergent combine expérience concrète et observation réflexive : il excelle à imaginer, à voir une situation sous plusieurs angles. Le style assimilateur associe observation réflexive et conceptualisation abstraite : il aime les modèles, la logique et les idées. Le style convergent relie conceptualisation abstraite et expérimentation active : il cherche les applications pratiques et la résolution de problèmes. Le style accommodateur unit expérience concrète et expérimentation active : il agit, prend des risques et apprend en faisant.
L’intérêt du modèle de Kolb dépasse celui du VAK. Plutôt que de figer un apprenant dans un canal, il décrit un processus complet d’apprentissage. Il rappelle qu’un apprentissage solide passe par l’action, la réflexion, la théorisation et le test. Même si l’attribution d’un style individuel reste discutable, le cycle lui même constitue un cadre de conception de formation très utile.
Les profils d’apprentissage de Honey et Mumford
Peter Honey et Alan Mumford ont adapté le cycle de Kolb au contexte de la formation professionnelle. Ils ont reformulé les quatre styles avec un vocabulaire plus parlant pour le monde de l’entreprise et les ont rebaptisés actif, réflexif, théoricien et pragmatique.
- L’actif s’engage pleinement dans les expériences nouvelles, aime l’action immédiate et se lasse de la routine.
- Le réflexif préfère observer, recueillir des données et prendre le temps d’analyser avant de conclure.
- Le théoricien cherche la cohérence, les modèles et les principes qui structurent ce qu’il apprend.
- Le pragmatique veut savoir si une idée fonctionne en pratique et aime appliquer concrètement.
Honey et Mumford insistent sur un point intéressant : ces préférences ne sont pas figées. Un apprenant peut et a intérêt à développer les styles qu’il mobilise le moins, pour devenir un apprenant plus complet. Cette vision dynamique est plus féconde que l’étiquetage rigide, car elle invite à élargir son répertoire plutôt qu’à se réfugier dans une zone de confort.
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Le débat scientifique : ce que dit vraiment la recherche
Voici le point le plus important, et le plus souvent passé sous silence. L’hypothèse centrale derrière les styles d’apprentissage est appelée hypothèse de l’appariement : on apprendrait mieux si l’enseignement était adapté à son style. Un apprenant visuel progresserait davantage avec des supports visuels, un auditif avec des supports oraux, et ainsi de suite.
Or cette hypothèse n’est pas confirmée par les données. Une revue de référence publiée en 2008 par Pashler et ses collègues a examiné les études disponibles et conclu que presque aucune ne respectait le protocole nécessaire pour tester sérieusement l’appariement, et que les rares études rigoureuses ne montraient pas l’effet attendu. Des travaux ultérieurs ont confirmé ce constat. Catégoriser un apprenant puis lui servir un enseignement assorti à son style n’améliore pas mesurablement ses résultats.
Il faut être précis pour rester honnête. Ce qui n’est pas prouvé, c’est le bénéfice de l’appariement, c’est à dire le fait de restreindre l’enseignement au canal préféré de chacun. En revanche, plusieurs choses restent vraies et solidement établies. Les préférences existent réellement, les gens diffèrent dans ce qu’ils aiment et dans leurs connaissances antérieures. Surtout, la modalité la plus efficace dépend souvent du contenu, pas de l’apprenant. Apprendre la géographie suppose des cartes, donc du visuel, pour tout le monde. Apprendre la prononciation d’une langue suppose de l’écoute, donc de l’auditif, pour tout le monde. C’est le sujet qui commande le canal, bien plus que le profil supposé de la personne.
Le risque pédagogique de l’étiquetage est réel. Dire à un apprenant qu’il est kinesthésique peut le conduire à se détourner de la lecture, alors qu’il en aura besoin. Cela enferme aussi le formateur dans des cases artificielles et lui fait perdre un temps précieux à classer plutôt qu’à enseigner.
Ce qu’un formateur doit en retenir concrètement
La conclusion pratique n’est pas de jeter ces modèles, mais de les utiliser autrement. Le bon réflexe n’est pas de cataloguer les apprenants, c’est de varier les modalités pour tout le monde. Présenter une notion par un schéma, l’expliquer à l’oral, puis la faire manipuler dans un exercice ne sert pas à toucher trois profils distincts. Cela offre à chaque apprenant plusieurs entrées sur le même contenu, ce qui renforce la compréhension et la mémorisation de tous.
- Multiplier les représentations d’une même idée : un graphique, un récit, un cas concret, une formule. La redondance bien pensée aide tout le monde.
- Choisir la modalité selon le contenu et l’objectif pédagogique, pas selon un profil supposé. On démontre un geste technique en le montrant et en le faisant pratiquer, point.
- S’inspirer du cycle de Kolb pour construire une séquence : faire vivre une expérience, la faire analyser, en tirer des principes, puis les faire appliquer.
- Privilégier l’activité de l’apprenant : ce qui est solidement prouvé, c’est que l’apprentissage actif, la récupération en mémoire et la pratique espacée fonctionnent, quel que soit le style supposé.
En somme, les styles d’apprentissage sont un excellent outil de dialogue et de réflexion sur sa pratique, à condition de ne pas les transformer en verdict figé sur chaque apprenant. Ils nous rappellent la diversité des manières d’apprendre. La meilleure réponse à cette diversité n’est pas de trier les personnes, mais d’enrichir et de varier la formation pour que chacun y trouve plusieurs chemins vers la compréhension.
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Questions fréquentes
Qu’est ce que les styles d’apprentissage ?
Ce sont les manières préférentielles avec lesquelles une personne reçoit, traite et mémorise l’information. Plusieurs modèles tentent de les classer, comme le VAK ou le cycle de Kolb, mais il s’agit de préférences déclarées, pas forcément de la façon la plus efficace d’apprendre pour cette personne.
Que signifie le modèle VAK ?
VAK désigne trois canaux sensoriels : visuel, auditif et kinesthésique. Le modèle suppose que chaque apprenant privilégie l’un d’eux. Sa version élargie, VARK, ajoute la lecture et l’écriture. C’est un modèle simple mais critiqué car il réduit une personne à un seul canal.
Quels sont les quatre styles du cycle de Kolb ?
Kolb distingue le divergent, qui imagine et observe, l’assimilateur, qui aime les modèles et la théorie, le convergent, qui résout des problèmes concrets, et l’accommodateur, qui agit et expérimente. Ils découlent des quatre étapes de son cycle d’apprentissage expérientiel.
Les styles d’apprentissage sont ils scientifiquement prouvés ?
Les préférences existent bien, mais l’idée qu’adapter l’enseignement au style de chacun améliore les résultats n’est pas confirmée par la recherche. Les revues rigoureuses, comme celle de Pashler en 2008, ne trouvent pas cet effet d’appariement attendu.
Comment un formateur doit il utiliser ces modèles ?
Plutôt que de cataloguer les apprenants, il vaut mieux varier les modalités pour tout le monde : présenter une notion par un schéma, une explication orale et un exercice pratique. La modalité doit dépendre du contenu et de l’objectif, pas d’un profil supposé.
Quelle différence entre Kolb et Honey et Mumford ?
Honey et Mumford ont adapté le cycle de Kolb au monde professionnel en rebaptisant les styles actif, réflexif, théoricien et pragmatique. Ils insistent sur le fait que ces préférences ne sont pas figées et qu’on a intérêt à développer celles qu’on mobilise le moins.
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