Budget 2027 : où le ministère du Travail veut trouver 2,5 milliards d’euros dans la formation
Maxime Pélerin · mis à jour le 24 septembre 2026Excédent de France compétences, réforme du CPF, fraude à l'apprentissage, taxe d'apprentissage non affectée, compensation de TVA des OPCO, budget de France Travail : les leviers étudiés pour dégager 2,5 milliards d'euros. Rien n'est arbitré avant la présentation du projet de budget le 1er octobre 2026.

✓ Vérifiéle 24 septembre 2026 contre Informations Les Echos des 22 et 23 septembre 2026 reprises par Economie Matin ; annonce de Sebastien Lecornu du 17 septembre 2026 ; catalogue CPF de la Caisse des Depots pour les calculs de structure du marche
L’essentiel. Le ministère du Travail doit trouver 2,5 milliards d’euros dans le projet de budget 2027, dans un effort national de 54 milliards annoncé le 17 septembre 2026. Les pistes rapportées par Les Echos visent d’abord l’argent déjà dans le système : l’excédent de France compétences, estimé à 1,1 milliard, puis le CPF, l’apprentissage, les OPCO et France Travail. Rien n’est arbitré : le projet est présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, et le ministère a lui-même indiqué au journal que plusieurs chiffrages en circulation n’étaient ni forcément exacts ni cumulables. Cet article sera mis à jour sur le texte officiel.
Il y a deux mois, l’objectif assigné au ministère du Travail était de 1,9 milliard d’euros. Nous l’écrivions ici même en juillet, en commentant le projet de validation préalable du CPF. Il est aujourd’hui de 2,5 milliards. En deux mois, la cible a bougé de 600 millions, ce qui dit l’essentiel de la stabilité des chiffres dont nous parlons.
Ce qui a changé aussi, c’est la méthode. Les premières pistes portaient sur les droits des bénéficiaires. Celles rapportées le 22 septembre par Les Echos portent surtout sur les trésoreries disponibles dans l’écosystème de la formation. Ce n’est pas la même chose, et pour un organisme de formation, cela ne se traduit pas au même endroit.
Les leviers étudiés, un par un
| Levier | Montant évoqué | Qui le supporte |
|---|---|---|
| Captation de l’excédent de France compétences | environ 1,1 Md€ | le système de formation lui-même, qui ne réduit ni sa dette ni ses financements |
| Réforme du CPF (ciblage et reste à charge) | 300 à 350 M€ | les titulaires de compte, et les organismes qui vendent au CPF |
| Lutte contre la fraude dans l’apprentissage | 200 à 300 M€ | les acteurs frauduleux, en théorie |
| Solde non affecté de la taxe d’apprentissage (Soltéa) | environ 200 M€ | les établissements qui en auraient bénéficié |
| Compensation de TVA aux OPCO, non versée | 160 M€ | les OPCO, donc indirectement les plans de développement des compétences |
| Budget de France Travail | environ 100 M€ et 400 postes | l’accompagnement des demandeurs d’emploi |
Précaution de lecture. Ces montants proviennent d’informations de presse et non d’un document budgétaire. Le ministère a indiqué à Les Echos que plusieurs chiffrages en circulation n’étaient pas nécessairement corrects, ni cumulables. Les additionner pour arriver à 2,5 milliards serait donc une erreur de méthode.
Le vrai sujet n’est pas le CPF, c’est l’excédent de France compétences
Toute l’attention est allée à la participation du CPF, parce qu’elle touche directement le grand public. Mais le poste qui pèse le plus lourd est ailleurs. France compétences, alimentée principalement par les contributions des entreprises, dégagerait en 2027 un excédent de l’ordre de 1,1 milliard d’euros. À lui seul, ce levier couvrirait près de la moitié de l’effort demandé.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Cet excédent n’est pas tombé du ciel : il résulte de plusieurs années de contraction délibérée, baisse des niveaux de prise en charge de l’apprentissage, resserrement des fonds du CPF, fin du plan d’investissement dans les compétences. Autrement dit, le système a rogné ses propres financements jusqu’à devenir excédentaire. La question posée par le budget 2027 est de savoir si cet excédent retourne au financement de la formation, sert à réduire une dette que l’État a couverte à hauteur d’environ 11 milliards depuis 2019, ou part au budget général.
Pour un organisme de formation, la réponse détermine le climat des trois prochaines années. Un excédent capté signifie que la contraction n’était pas un ajustement temporaire vers l’équilibre, mais le nouveau niveau de référence.
Lire aussi : CPF : 350 euros de participation dans le projet de budget 2027 →
Dossier monté et déposé à la DREETS, repris jusqu’à obtention : obtenu ou remboursé (3 dépôts max).
Découvrir · 490 € HTCe que le CPF encaisse, en deux mesures qui se cumulent
Sur le CPF, deux dispositifs distincts sont sur la table, et ils ne produisent pas le même effet.
- La participation forfaitaire passerait de 150 à 350 euros, sauf pour des formations jugées stratégiques par le ministère. Nous avons mesuré ce que cela ferait au catalogue : la participation atteindrait au moins le quart du prix sur 32,1 % des offres, contre 8,3 % aujourd’hui, avec un choc concentré sur les formations courtes.
- Un contrôle préalable du projet serait instauré avant l’achat. Un questionnaire évaluerait la maturité du projet professionnel ; en cas de maturité jugée insuffisante, le titulaire serait orienté vers un opérateur du conseil en évolution professionnelle, et un refus de cette démarche pourrait majorer son reste à charge.
Le second point mérite d’être lu deux fois. Il ne s’agit plus seulement d’un prix d’entrée uniforme, mais d’un filtre en amont de l’acte d’achat, assorti d’une pénalité financière pour qui le contourne. Dans une logique commerciale, cela déplace le moment critique : aujourd’hui la décision se joue sur la page de votre offre, demain elle se jouerait avant que le titulaire n’arrive jusqu’à vous.
Qui encaisse réellement le choc
Le débat public parle des organismes de formation comme d’un bloc. Le catalogue dit autre chose. Nous avons compté, sur l’extraction de septembre 2026 du catalogue officiel de Mon Compte Formation :
| Structure du marché CPF | |
|---|---|
| Organismes présents au catalogue | 9 019 |
| Offres référencées | 220 648 |
| Nombre médian d’offres par organisme | 5 |
| Organismes portant 5 offres ou moins | 51,5 % |
| Organismes portant une seule offre | 17,7 % |
| Part des offres détenue par les 10 % les plus gros | 72,1 % |
Un marché où la moitié des acteurs portent cinq offres ou moins, et où les dix pour cent les plus gros concentrent près des trois quarts du catalogue, n’absorbe pas un choc de demande de façon homogène. Un organisme structuré encaisse une baisse de conversion en la répartissant sur d’autres circuits. Une structure à une ou deux offres, souvent un formateur indépendant, n’a pas cette réserve : elle absorbe le choc entier, sur son unique source de revenu.
C’est la raison pour laquelle la question posée par ce budget n’est pas « le CPF va-t-il baisser », mais « quelle part de mon chiffre d’affaires dépend d’un seul financeur public ».
Fondateur de Certiforma
« Tous les ans à la même période, je reçois les mêmes messages : faut-il s’inquiéter, faut-il changer de modèle, faut-il arrêter le CPF. Et tous les ans je réponds la même chose, parce que c’est la seule réponse qui tienne : un projet de budget n’est pas une décision, mais la direction, elle, ne varie pas depuis quatre ans. Moins de financement automatique, plus de ciblage, plus de contrôle. Vous ne pouvez rien faire contre ça. Ce que vous pouvez faire, c’est ne pas être l’organisme dont 100 % des entrées passent par un seul guichet. Ceux que j’accompagne qui vont bien aujourd’hui ne sont pas ceux qui ont deviné les arbitrages, ce sont ceux qui ont ouvert une deuxième porte quand ils n’en avaient pas encore besoin. »
Lire aussi : France compétences : pourquoi sa situation financière resserre le financement →
Ce qu’il faut faire d’ici le 1er octobre
- Rien sur vos prix, rien sur votre catalogue. Aucune de ces mesures n’existe juridiquement. Modifier une offre référencée sur la foi d’un article de presse vous coûte du travail et ne vous protège de rien.
- Calculez votre taux de dépendance. Quelle part de votre chiffre d’affaires des douze derniers mois vient du CPF ? Au-dessus de 70 %, ce budget est un sujet de direction, pas de veille.
- Identifiez votre deuxième circuit avant d’en avoir besoin. Plan de développement des compétences financé par un OPCO, vente directe à l’entreprise, marché public, cofinancement de branche. Un circuit se construit en mois, pas en semaines.
- Si vous êtes sur l’apprentissage, deux lignes vous concernent : la lutte contre la fraude et le solde non affecté de la taxe d’apprentissage. Vérifiez votre conformité déclarative avant qu’un contrôle ne s’y intéresse.
- Notez la date du 1er octobre. C’est ce jour-là que les chiffres deviendront un document, et non plus une information de presse. Nous mettrons cet article à jour à ce moment.
Questions fréquentes
Ces mesures sont-elles décidées ?
Non. Aucune n’a fait l’objet d’un texte publié. Le projet de loi de finances pour 2027 est présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, puis discuté au Parlement jusqu’à la fin décembre. Une mesure peut figurer dans le texte initial, apparaître par amendement, être modifiée ou disparaître.
Peut-on additionner les montants annoncés pour arriver à 2,5 milliards ?
Non, et c’est le ministère lui-même qui le dit : interrogé par Les Echos, il a indiqué que plusieurs chiffrages en circulation n’étaient pas nécessairement corrects ni cumulables. Ces montants sont des ordres de grandeur issus d’arbitrages en cours, pas des lignes budgétaires arrêtées.
Pourquoi France compétences est-elle excédentaire alors qu’elle était en déficit ?
Parce que ses dépenses ont été comprimées : baisse des niveaux de prise en charge de l’apprentissage, resserrement des financements du CPF, fin du plan d’investissement dans les compétences. Ses recettes, assises sur les contributions des entreprises, deviennent supérieures à ses dépenses. L’excédent est donc le produit de la contraction, pas d’une hausse de ressources.
La réforme du CPF, c’est la hausse à 350 euros ou le contrôle préalable ?
Les deux pistes circulent et ne s’excluent pas. La première est un prix d’entrée relevé de 150 à 350 euros, sauf formations dites stratégiques. La seconde est un questionnaire de maturité du projet en amont de l’achat, avec orientation vers un opérateur de conseil en évolution professionnelle et possible majoration du reste à charge en cas de refus. L’économie totale attendue du CPF est de 300 à 350 millions d’euros.
Les OPCO sont-ils touchés ?
Une compensation de TVA de 160 millions d’euros destinée aux opérateurs de compétences pourrait ne pas être versée. L’effet, s’il se confirme, serait indirect pour les organismes de formation : moins de marge de manœuvre sur les enveloppes que les OPCO consacrent aux plans de développement des compétences.
Faut-il sortir du CPF ?
Non, et ce serait une réaction disproportionnée à un projet non voté. La question utile n’est pas d’en sortir mais de ne pas en dépendre exclusivement. Sur le catalogue, la moitié des organismes portent cinq offres ou moins : ce sont les structures les plus exposées à toute variation de la demande, et ce sont aussi celles pour lesquelles ouvrir un second circuit de financement change le plus de choses.
Lire aussi : CPF : le projet de validation préalable avant chaque formation →
Sources
Sources : informations de Les Echos publiées les 22 et 23 septembre 2026 sur les arbitrages du ministère du Travail pour le projet de budget 2027, notamment l’article consacré à la participation du CPF, reprises et détaillées par Economie Matin, « Chômage, formation professionnelle : le ministère du Travail devra économiser 2,5 milliards d’euros en 2027 », consultés le 24 septembre 2026. Effort budgétaire global de 54 milliards d’euros : annonce de Sébastien Lecornu du 17 septembre 2026. Le ministère du Travail a indiqué à Les Echos que plusieurs chiffrages en circulation n’étaient pas nécessairement corrects ni cumulables. Structure du marché : calculs Certiforma sur le catalogue des formations éligibles au CPF publié par la Caisse des Dépôts, extraction de septembre 2026, 220 648 offres et 9 019 organismes.

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